Aller au contenu

Faut-il se réjouir de la chute du PS et du SP&A/Spirit ? Quel impact pour nos projets, et notre travail de tous les jours ?


Santé conjuguée n° 41 - juillet 2007

Les magouilleurs sont punis ! Mais quand le PS fait une cure d’opposition, ce sont les allocataires sociaux qui font une cure d’austérité…

Les faits

Les partis socialistes sont devenus la troisième famille politique en Belgique. Ils formaient la première en 2003 ! Les grands partis flamands tolérants (SPA/VLD) ont perdu les élections, et ce n’est pas la réapparition du petit homme vert au nord qui nous consolera de ce fait. Si nous considérons les partis socialistes (malgré leur maladie) comme des partis de gauche, si nous faisons de même pour les verts (c’est ce qu’Isabelle Durant a encore proclamé au soir des élections, nous lui ferons crédit) alors, au plan fédéral, nous observons que les rouges perdent 6,81 % tandis que les verts ne récupèrent que 3,5 % soit à peine plus de la moitié 1 . Les parties francophone et néerlandophone n’ont pas réagi exactement de la même façon. Du côté francophone, les pertes socialistes (en voix) sont quasi compensées par les gains écolos, avec des divergences provinciales compréhensibles (7,2 versus 6,8 %). En Flandre, les pertes socialistes (près de 9 % de l’électorat régional) sont à peine adoucies par le gain vert (2 % de ce même électorat). Le PS a été puni (tardivement aurait-on tendance à écrire) pour ses brebis galeuses et un rapport à l’argent comme au népotisme qui ne fleure guère le mouvement social. En toutes hypothèses, ces élections constituent un réel coup de barre à droite, on peut même imaginer un discret effet Sarko en Wallonie qui aura permis à certains électeurs de sauter le pas. L’Europe est déjà lamentablement marchande, les Stazunis n’en parlons-pas, partout Mammon 2 étend son règne mortifère. pd_sch_1.jpg

Quelle majorité ?

Pour réformer l’Etat, il faut deux tiers des voix, seule une tripartite traditionnelle y parvient, mais qui a envie de s’engager dans une telle galère ? Certainement pas Super-Didier. Est-ce que la joie de mettre les socialistes, et le PS en particulier, dans l’opposition compensera l’impossibilité pour Yves Leterme et ses croustillants alliés de réformer l’Etat ? On parle d’un appui extérieur du SPA pour la réforme de l’Etat, serait-ce bien raisonnable de la part de ce parti qui devrait d’abord être internationaliste ? La seule bipartite possible est la bleue-romaine (libéraux + chrétiens présents ou passés), mais la réforme de l’Etat est peu sûre dans cette configuration. Si on privilégie la réforme, alors une tripartite est nécessaire… triangulature du cercle.

Quelques commentaires en vrac

Ah oui, les premières réactions fusent ? Ils l’ont bien mérité, peut-être vont-ils enfin changer ? C’en est fini de l’impunité que leur accordaient généreusement les damnés de la terre et leurs clients habituels. Mais nos bons apôtres ont-ils bien compris ce qui se passe ? Mesurent-t-ils les conséquences que cette purge risque d’avoir sur les plus vulnérables et les amis du peuple ? Croient-ils sincèrement qu’aux élections, il faut voter pour la vertu brandie plutôt que pour le moins pire ? J’entends encore le politologue Pierre Verjans tenter d’expliquer devant notre AG médusée que le PS était le parti le plus à gauche de la coalition violette. A leur avis, si François Martou 3 a rejoint le PS, est-ce pour y glaner quelques prébendes ? Poser la question c’est y répondre. Si nous considérons les élections comme un marché où l’on soupèse les pommes et les poires, alors abandonner une pomme rouge un peu véreuse pour une orange saine ou un kiwi au poil dru, voire un verre de Curaçao, ça peut se concevoir. Mais il faut savoir que nous sommes censés nous occuper de la santé de nos concitoyens et de ses déterminants. La clé de ce débat n’est pas dans les pratiques de morale individuelle, mais dans les choix collectifs. C’est-à-dire d’abord les choix économiques et sociaux : la course sans fin aux biens matériels, est-ce notre projet ? La compétition à tous les étages, est-ce notre projet ? Les libéraux, qui ont si bien joué les vierges effarouchées, sont bien plus nuisibles aux pauvres qu’un socialiste alimentaire. Mais malheureusement, dire cela, ce n’est pas tenir un discours qui sent la rose, c’est de l’horrible real-politik c’est-à-dire, en bon français, la politique du réel. Peut-être certains préfèrent-ils une politique de l’imaginaire ? Malheureusement, si l’imaginaire peut les satisfaire, nous ne verrons rien de bien pour les gens que nous soignons, bien au contraire… Nos institutions, qui sont des machines de guerre du changement social, risquent de rentrer dans une zone de tempête, je nous promets aussi bien du plaisir. Une forte cohésion et solidarité sera bien nécessaire. Bon, dans l’hypothèse d’une bleue-romaine, tous nos espoirs résideront dans le frêle CDH coincé entre l’enclume nationaliste de son partenaire naturel 4 et le marteau libéral-privatiste. Nous avons déjà connu cette configuration en 1981, le tristement célèbre Martens-Gol. Pour les plus jeunes, je tiens à rappeler que les mesures antisociales de ce duo ont généré des pièges à l’emploi comme la quasi impossibilité du chômage partiel ou encore, des situations familiales impossibles comme l’application de l’obligation alimentaire 5 avant l’aide sociale, etc. Donc, quand le PS fait une cure d’opposition, ce sont les allocataires sociaux qui font une cure d’austérité… Ce ne sont pas les apparatchiks qui souffrent mais les gens ! Pour les mêmes et les mémoires courtes, c’est une majorité bleue-romaine à la Communauté française qui abrogea, au pas de charge, le décret Urbain qui soutenait les équipes multidisciplinaires. Plus inquiétant, encore, à mes yeux, le commentaire de Vincent de Coorebyter dans Le Soir du mardi 12 juin, qui perçoit une tendance lourde à la chute des socialistes et des démocrates-chrétiens face aux libéraux en Europe depuis l’après-guerre. Nous reviendrons sur cette question. PS (si j’ose écrire) : le Dr André Wynen, notre vieil adversaire, vient de nous quitter. Ce n’est pas à nous de chanter son éloge, ce n’est pas non plus l’heure des bilans et analyses critiques de sa carrière syndicale. Je rendrai donc hommage au résistant antinazi qui avait, il y a peu, repris en main la flamme du souvenir. Considérons le reste aujourd’hui comme une parenthèse…

Documents joints

  1. A Liège, par exemple, c’est le contraire. Les pertes du PS, modestes, sont plus que compensées par la poussée écologiste. Ils sont fous ces Liégeois…
  2. Mammon : mot araméen qui personnifie les biens matériels dont l’homme se fait esclave.
  3. Ex-président du Mouvement ouvrier chrétien (MOC)
  4. Je devrais dire surnaturel, mais ce serait rendre trop d’hommage à un égoïsme vaguement maquillé de bons sentiments.
  5. Les familles sont débiteurs d’aliments, ce qui signifie que le CPAS peut se retourner contre les familles (pas très riches) des nécessiteux. Au lieu que ce soit la collectivité (c’est-à-dire surtout les riches), ce sont des pauvres qui doivent aider d’autres (plus) pauvres.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n° 41 - juillet 2007

L’accueil et la règle : du centre et des faubourgs

Dans leur travail, les accueillants sont souvent confrontés à la question de la norme : qui édicte les règles dans une maison médicale, sont-elles appliquées par tous de la même manière, comment parvient-on à les faire(…)

- Caroline Rasson

Quand les a-normaux se rebiffent

Si la norme est la loi du plus grand nombre, que deviennent les minorités, telles que les plus gros ou les sourds ou, maintenant, les fumeurs ? Et quand les minorités, contre la tyrannie et la(…)

- Marianne Prévost

Quelques aperçus sur la crise contemporaine de la régulation du champ médical

Pour aborder la question de la régulation de la médecine et de sa transformation, il convient de distinguer deux versants. D’un côté, une relation verticale unit le régulateur (l’Etat) aux « régulés » (les professionnels de(…)

- de Munck Jean

De la perte des repères à l’enfant généralisé

Les médecins généralistes sont confrontés au vacillement de leurs certitudes. Alors que leur pratique est soumise à des normes de plus en plus contraignantes, ils sont confrontés à des attentes de plus en plus massives de(…)

- Lebrun Jean-Pierre

Voyage au pays du normal et du pathologique

Que se passe-t-il quand une personne en souffrance s’entend dire par le professionnel consulté « Tout est normal », ou pire « Vous n’avez rien » ? Santé et maladie sont des notions qui paraissent «(…)

- Dr Axel Hoffman

Les pages 'actualités' du n° 41

Le dévoilement progressif de la maladie : le malade au centre du processus

Faut-il toujours dire toute la vérité aux patients ? Quand ? Comment ? L’auteur met le patient au coeur du processus de dévoilement de la vérité et partage son expérience. Matière à réflexion.

- Vidal Serge

A nos futurs ministres en charge de la santé, les exigences du GBO

Qu’attendent les médecins généralistes du prochain gouvernement ? Si ils souhaitent une amélioration de leurs conditions de travail, leurs revendications portent surtout sur une amélioration de l’accessibilité et de l’efficacité des soins. Des exigences avec lesquelles(…)

- Delforge Yves

Le syndicalisme dans le non-marchand

Le non-marchand, et plus particulièrement les soins de santé privés, s’est transformé au cours des trente dernières années et il est marqué par l’influence de logiques relevant du secteur marchand. La concertation sociale s’effectue dans le(…)

- Léonard Jean-Marie

Faut-il se réjouir de la chute du PS et du SP&A/Spirit ? Quel impact pour nos projets, et notre travail de tous les jours ?

Les magouilleurs sont punis ! Mais quand le PS fait une cure d’opposition, ce sont les allocataires sociaux qui font une cure d’austérité… Les faits Les partis socialistes sont devenus la troisième famille politique en Belgique.(…)

- Dr Pierre Drielsma

L’évaluation, une démarche militante

De sa naissance à aujourd’hui, le mouvement des maisons médicales a été et demeure un laboratoire de la santé. C’est pourquoi la culture de l’évaluation y a toujours été très développée. Une précision cependant s’impose :(…)

- Marianne Prévost